Chronique sur le blog “Mon Univers du polar, du roman noir et du thriller”

Très beau style… Des personnages énigmatiques, inquiétants parfois, presque trop avenants – comme un air de musique qui sonne faux -, mais aussi un univers troublant, magnétique, ou encore une atmosphère paradoxalement lourde, pesante et légère à la fois.

L’auteur nous sert une introduction très énigmatique, justement, et assez floue. Deux notions ressortiront tout de même à travers cette opacité : la douleur et la vengeance.

Une accumulation de plusieurs paramètres fera en sorte qu’une jeune veuve et sa petite fille vont se retrouver dans un nouveau logement sur les hauts de Lausanne, en Suisse, plus précisément dans une colocation. Nous pourrions alors prétendre que le hasard, une fois de plus, fait plutôt bien les choses. Sauf qu’ici, le hasard n’a absolument rien à voir. Un plan mûrement réfléchit est en train de se mettre en place.

Avant de répondre à une petite annonce et de se fier aux apparences ou aux premières impressions, il faudrait parfois prendre un peu de recul. Mais lorsque vous êtes dans une période qui vous rend très vulnérable, c’est difficile d’être vigilant.

L’auteure nous baladera dans le temps, dans le passé, afin de nous conduire vers la source, vers l’origine de certains faits. Nous pourrons alors nous imprégner davantage des personnages, de leur vécu, de leurs erreurs. Petit à petit, un puzzle va être constitué, faisant apparaître une image pas très glorieuse. Les pièces, qui s’emboîtent à travers le temps, à travers les pages, seront placées stratégiquement par l’auteure afin de soulever ce voile qui rend les personnages si opaques.

Ceux-ci, comme je l’ai dit au début, sont assez troublants. Nous sommes au sein d’une colocation, voire une communauté, dans une vieille maison de maître qui semble contenir de vieux et lourds secrets. Cette colocation est composée de membres très hétéroclites, mais ayant tous un point commun : ce sont des artistes qui ont privilégié la vie simple, à la bohème. L’Art est omniprésent, mais le malaise qui nous gagne aussi.

Pour augmenter encore un peu plus le trouble qui gravite autour de cette bâtisse, une personne – une ombre ! – sera constamment aux aguets et attendra patiemment le bon moment pour agir. La rancune semble l’animer au plus haut point.

Finalement, nous pouvons clairement affirmer que le passé nous rattrape quasiment à chaque fois. Ici, tout le monde devra en assumer les conséquences. En étant forcément « coupables » ? Le terme est large, je le conçois.

Le temps n’efface pas grand-chose, surtout pas la douleur, et fait parfois mûrir les choses, surtout la vengeance.

Nous allons grimper sur une échelle constituée d’une quarantaine années. La vie de bohème n’a visiblement pas que du bon. Entre insouciance, actes de légèreté, recherche de liberté, mais aussi entre responsabilités, vie pratique, jalousie et recherches de moyens, nous allons être témoins d’une sorte de dégringolade.

Chapitre après chapitre, la vitre à travers laquelle nous suivons cette histoire va perdre toujours un peu plus de son opacité. Suivre toutes ces années va nous permettre de comprendre, de connaître et d’enclencher l’interrupteur qui nous permet de faire toute la lumière qui nous manquait pour enfin déceler les détails et les subtilités de cette trame.

Je dois dire que certaines révélations m’ont bien bluffé. D’autres, j’ai pu les anticiper quelque peu. Au final, cette histoire qui nous accompagne dans les méandres de la nature humaine, m’a bien séduit. Les contacts sont parfois – souvent ! – complexes.

Cette fable moderne nous montre que nous pouvons nous détester mais, paradoxalement, nous supporter juste par habitude. Elle nous montre aussi que nous pouvons nous détester sans jamais pouvoir nous pardonner. Lorsque la jalousie, l’envie, la douleur, la déception ou même l’amour nous mènent à la haine, il est parfois difficile de revenir vers la raison.

L’Ombre déchue nous le prouvera.

Bonne lecture.

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