Chronique sur le blog de Francis Richard

Avant que l’Ombre… n’en sorte, il faudra quelque six mois. Et quelques heures de lecture… Encore que. Marie Javet donne en effet au lecteur un avantage sur les protagonistes puisqu’il connaît son existence avant que les protagonistes n’en prennent conscience.

Les six mois d’aujourd’hui – à cheval sur 2014 et 2015 – ne peuvent en effet se comprendre sans retours dans le passé… S’il n’y a pas unité de temps, il y a unité de lieu puisque l’histoire se déroule dans une maison des hauts de Lausanne avec parc et vue sur lac.

Cette demeure est dotée de deux tourelles arrogantes, l’une à l’avant et l’autre à l’arrière du bâtiment, qui lui donnent un air de vieille demoiselle à la fois guindée et fantasque. Elle a appartenu à une femme, Anthea Mermoz, qui, en 1968, s’y est immolée par le feu…

Camille est veuve, avec une enfant, Lucie, désormais sans logis. Son mari, mort dans un accident, n’a laissé derrière lui que des dettes. Elle a heureusement trouvé un emploi de secrétaire, mais n’a pas beaucoup de moyens pour se loger et songe à une colocation.

L’Ombre veille et fait en sorte que Camille choisisse de louer une chambre dans cette maison singulière qui sert de cadre à l’intrigue. Ainsi, pour l’Ombre, se retrouveront au même endroit tous les personnages sur lesquels elle a décidé d’exercer sa vengeance.

Le présent s’explique par le passé, comme toujours. A la fin des années 1970 et au début des années 1980, la maison, dont ont hérité les deux fils d’Anthea, qui ne s’entendent pas, est occupée, en attendant, par une colocation d’artistes qui eux apparemment s’entendent.

Quand Camille vient habiter la maison, certains des colocataires originels en sont partis et c’est, vraisemblablement parmi eux, bien que rien ne soit jamais sûr, que se trouve l’Ombre, se déplaçant à l’insu des colocataires qui y sont restés et qui font bon accueil à Camille.

Peu à peu, au fil du roman, le lecteur apprend à connaître les premiers colocataires et découvrent leurs secrets. Mais, même s’il en sait plus que les protagonistes, il lui faut tout de même attendre la fin pour apprendre quels liens les unissent et les désunissent …

Une fois que l’Ombre est identifiée, l’atmosphère devient plus lourde encore pour les rescapés de la colocation. Car l’Ombre, toujours tapie, garde jusqu’au bout sa capacité de nuisance. Jusqu’au bout? Marie Javet, qui tire les ficelles du récit, lui réserve une surprise…

La chronique sur le blog de Francis Richard

Chronique sur la page Facebook: “Lire c’est bon pour la santé”

« Avant que l’ombre », second roman de Marie Javet, publié chez Plaisir de lire, m’a tenu en haleine dès que je l’ai ouvert. Dans cet opus, l’auteure confirme sa maîtrise du suspens, en brouillant parfois les pistes. Il est question, en effet, de deux époques dont la narration évolue en parallèle. Rapidement, le lecteur est amené à penser qu’un lien unit ces deux moments dans un espace commun, une grande demeure usée par le temps et à laquelle on peut accéder par un passage secret. C’est par là que l’Ombre fait pénétrer le lecteur dans le récit qui tiendra celui-ci en haleine jusqu’au bout.


« Avant que l’ombre » nous fait entrer en contact avec des personnages d’une grande profondeur, faite de forces et de faiblesses, et, bien souvent, attachants.


Un grand bravo à Marie Javet pour ce livre très réussi!

La chronique sur la page Facebook “Lire c’est bon pour la santé”

Chronique sur le blog “Mon Univers du polar, du roman noir et du thriller”

Très beau style… Des personnages énigmatiques, inquiétants parfois, presque trop avenants – comme un air de musique qui sonne faux -, mais aussi un univers troublant, magnétique, ou encore une atmosphère paradoxalement lourde, pesante et légère à la fois.

L’auteur nous sert une introduction très énigmatique, justement, et assez floue. Deux notions ressortiront tout de même à travers cette opacité : la douleur et la vengeance.

Une accumulation de plusieurs paramètres fera en sorte qu’une jeune veuve et sa petite fille vont se retrouver dans un nouveau logement sur les hauts de Lausanne, en Suisse, plus précisément dans une colocation. Nous pourrions alors prétendre que le hasard, une fois de plus, fait plutôt bien les choses. Sauf qu’ici, le hasard n’a absolument rien à voir. Un plan mûrement réfléchit est en train de se mettre en place.

Avant de répondre à une petite annonce et de se fier aux apparences ou aux premières impressions, il faudrait parfois prendre un peu de recul. Mais lorsque vous êtes dans une période qui vous rend très vulnérable, c’est difficile d’être vigilant.

L’auteure nous baladera dans le temps, dans le passé, afin de nous conduire vers la source, vers l’origine de certains faits. Nous pourrons alors nous imprégner davantage des personnages, de leur vécu, de leurs erreurs. Petit à petit, un puzzle va être constitué, faisant apparaître une image pas très glorieuse. Les pièces, qui s’emboîtent à travers le temps, à travers les pages, seront placées stratégiquement par l’auteure afin de soulever ce voile qui rend les personnages si opaques.

Ceux-ci, comme je l’ai dit au début, sont assez troublants. Nous sommes au sein d’une colocation, voire une communauté, dans une vieille maison de maître qui semble contenir de vieux et lourds secrets. Cette colocation est composée de membres très hétéroclites, mais ayant tous un point commun : ce sont des artistes qui ont privilégié la vie simple, à la bohème. L’Art est omniprésent, mais le malaise qui nous gagne aussi.

Pour augmenter encore un peu plus le trouble qui gravite autour de cette bâtisse, une personne – une ombre ! – sera constamment aux aguets et attendra patiemment le bon moment pour agir. La rancune semble l’animer au plus haut point.

Finalement, nous pouvons clairement affirmer que le passé nous rattrape quasiment à chaque fois. Ici, tout le monde devra en assumer les conséquences. En étant forcément « coupables » ? Le terme est large, je le conçois.

Le temps n’efface pas grand-chose, surtout pas la douleur, et fait parfois mûrir les choses, surtout la vengeance.

Nous allons grimper sur une échelle constituée d’une quarantaine années. La vie de bohème n’a visiblement pas que du bon. Entre insouciance, actes de légèreté, recherche de liberté, mais aussi entre responsabilités, vie pratique, jalousie et recherches de moyens, nous allons être témoins d’une sorte de dégringolade.

Chapitre après chapitre, la vitre à travers laquelle nous suivons cette histoire va perdre toujours un peu plus de son opacité. Suivre toutes ces années va nous permettre de comprendre, de connaître et d’enclencher l’interrupteur qui nous permet de faire toute la lumière qui nous manquait pour enfin déceler les détails et les subtilités de cette trame.

Je dois dire que certaines révélations m’ont bien bluffé. D’autres, j’ai pu les anticiper quelque peu. Au final, cette histoire qui nous accompagne dans les méandres de la nature humaine, m’a bien séduit. Les contacts sont parfois – souvent ! – complexes.

Cette fable moderne nous montre que nous pouvons nous détester mais, paradoxalement, nous supporter juste par habitude. Elle nous montre aussi que nous pouvons nous détester sans jamais pouvoir nous pardonner. Lorsque la jalousie, l’envie, la douleur, la déception ou même l’amour nous mènent à la haine, il est parfois difficile de revenir vers la raison.

L’Ombre déchue nous le prouvera.

Bonne lecture.

La chronique sur le blog Mon Univers du polar, du roman noir et du thriller

Chronique sur le blog Pause Polars

Ce roman est un véritable puzzle. On entre directement dans le vif du sujet avec un premier chapitre où l’ombre nous décrit la galerie sombre où elle trouve refuge pour espionner les habitants de la maison. Les chapitres alternent ensuite entre passé et présent. Le passé revient sur l’installation de chaque membre de la collation et s’arrête en détail sur chaque personnage, son métier, ses goûts et sa vie personnelle. Le présent fait référence a l’emménagement de Camille et Lucie au milieu de ces artistes et le début d’un changement de vie radical pour tous.

L’ombre se manifeste au détour des chapitres nous décrivant ses pulsions et ses actes fourbes et sournois.

Au fur et à mesure de la lecture, on s’attache à la vie de chacun, on découvre leurs secrets, leurs amours et leurs travers avec l’impression de vivre réellement au sein de ces membres qui forment finalement une famille et on ne croit pas si bien dire.

Le talent de Marie Javet est de dévoiler très doucement tous les détails de cette histoire en laissant  le temps au lecteur de se familiariser avec chacun des personnages, de s’y attacher tout en gardant au fond de l’esprit que cette ombre qui rode va forcément passer à l’action, le tout reste à savoir quand et pourquoi et c’est vraiment jouissif.

J’aurai vraiment envie de vous en dire beaucoup plus sur ce roman mais je préfère vous laisser le plaisir de la découverte. Un livre que vous ne verrez pas forcément sur la devanture des librairies françaises, Marie Javet étant de nationalité Suisse, mais qu’il ne fait pas hésiter à commander auprès de votre libraire ou de l’éditeur.

L’intégralité de la chronique ici

Chronique sur le blog “Je lis des polars”

Un polar qui n’en est pas un, une enquête malgré tout et du suspense, Avant que l’Ombre… est le deuxième roman de Marie Javet, publié par les Éditions Plaisir de Lire. Les questions et le mystère sont entamés dès la quatrième de couverture:

Lorsque Camille, récemment veuve, cherche un nouveau toit pour elle et sa fille, elle est mystérieusement attirée par une maison dont les occupants cherchent une colocataire. En s’installant, elle plonge dans l’univers de ces artistes marqués par leur passé commun. Que se cache derrière leur bienveillance apparente? Quel événement a bouleversé leurs vies?

 

Une structure en ellipses

Pour nous raconter l’histoire des habitant·e·s de cette mystérieuse maison de maître sur les hauts de la ville de Lausanne, Marie Javet oscille entre passé et présent, entre la fin des années 70 et l’hiver 2014-2015. Les événements marquants sont narrés en de courts chapitres, laissant le quotidien se dérouler dans l’esprit du·de la lecteur·trice à travers les ellipses temporelles.

Cette structure nous permet de nous plonger dans les vies qui peuplent la maison, elle-même ayant presque un statut de personnage. De plus, les révélations des événements passés en alternance avec les soucis actuels instaure le suspense du récit. Le côté polar du roman se révèle donc dans la transformation du·de la lecteur·trice en enquêteur·trice grâce à cette construction.

 

Un style riche

Le style de l’auteure est révélateur de sa formation en Lettres. Avant que l’Ombre… est riche de descriptions qui ne laissent rien au hasard. Les images utilisées pour décrire l’art sous plusieurs formes rendent les œuvres vraies, très visuelles et presque palpables.

La deuxième sculpture, logée dans une niche du mur du couloir du premier étage, lui laissa la même sensation d’oppression et d’étouffement. La femme, dont le modèle semblait être le même que celui de la première sculpture, sauf que l’on voyait ici la cascade de ses longs cheveux bouclés, était enfermée jusqu’à la taille dans un cube de marbre, comme si la base de l’œuvre l’avait avalée.

 

Les émotions provoquées par une œuvre d’art sur qui la regarde sont transmises des personnages aux lecteur·trice·s. On s’imagine le tableau ou la sculpture vus à travers les yeux des personnages, et on partage leur émerveillement.

Paul Lansky, qui l’observait, était venu se placer à côté d’elle, sans un mot. L’homme entre deux âges et la fillette semblaient en totale communion d’esprit devant l’œuvre. Spontanément, Lucie lui avait pris la main.

 

L’art est également décrit de l’autre point de vue: la perspective de l’artiste. Les différents personnages, tous artistes, ont des raisons similaires de pratiquer leur art. Toutefois, tous ont une manière bien à eux de l’exprimer, ce qui met en lumière les diverses manifestations artistiques et les personnalités particulières de chacun·e.

Paul errait comme une âme en peine à la recherche d’un sujet à caresser du bout de son pinceau. […]
Il adorait son art, justement parce que celui-ci seul lui permettait d’oublier ses problèmes, ses étrangetés, ses compulsions. De s’oublier lui-même.

 

Des personnages jaloux et amoureux

Avant que l’Ombre… est peuplé de personnages très humains hantés par la jalousie. À l’exception de la protagoniste qui cherche à oublier son défunt époux, tous les personnages emménagent dans la mystérieuse maison par amour, certains forçant un peu la main à l’amour de leur vie. Plus le temps avance, plus les incompréhensions se multiplient. L’amour s’effrite et engendre la jalousie qui mènera à la tragédie au centre du récit.

Chaque personnage étant très développé, il reste peu de place au mystère pour les lecteur·trice·s. Le suspense vient donc de l’attente de savoir comment les personnages vont se révéler les uns aux autres. Si l’identité de l’Ombre apparaît au·à la lecteur·trice au fil des pages, les protagonistes doutent et se soupçonnent sans se savoir épié·e·s de l’extérieur.

Un de mes regrets dans Avant que l’Ombre… est le dernier chapitre. La résolution semble arriver trop vite et par un heureux hasard. Par ailleurs, j’aurais plus apprécié que les derniers mots du roman aient été attribués au bonheur de la protagoniste Camille et de sa fille Lucie.

 

Un roman qui se lit en douceur

Le roman de Marie Javet est publié dans la collection « Frisson » et est en effet rythmé par le mystère et le suspense. Cependant, la lecture se fait sans frayeur, aux côtés de ces personnages dont l’on voudrait partager le quotidien.

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Chronique de La Petite Fille dans le Miroir sur le blog Les Mots de Gwen

C’est un roman des Editions Plaisir de Lire – que je remercie énormément – que je vous propose de découvrir. Marie Javet n’en est pas à ses premiers écrits, cependant, La petite fille dans le miroir est son premier roman.

A première vue, ce roman retrace l’histoire de trois femmes – June, Lizzie, la petite fille – trois destins qui semblent liés. Un bon résumé qui oublie de mentionner Sybil, un personnage important de l’histoire. La petite fille dans le miroir, c’est l’histoire d’un mensonge, voire de plusieurs.

Lizzie, jeune fille riche veut échapper au carcan paternel et se réinvente à l’occasion de vacances idylliques au cours desquelles elle rencontre l’amour. Pour cela, elle s’invente une vie et une identité, elle devient Sybil. En parallèle, nous découvrons June, qui vit vingt ans après Sybil, une auteure reconnue un brin flippée puisqu’elle craint la foule, l’enfermement, les contacts humains. Pas de spoiler en vue, le lecteur comprend rapidement que Lizzie et June sont une seule et même personne. L’alternance des époques nous permet de comprendre comment June en est arrivée à avoir ces peurs et à changer de prénom (même si on se doute que la célébrité y fut pour quelque chose). Et puis, quel est le drame mentionné par la quatrième de couverture ? C’est donc avec un juste dosage du suspense que Marie Javet nous livre les secrets de son héroïne, tout en mettant à jour la résolution d’un drame vieux de cent ans.

Le roman commence tout doucement, peut-être un peu trop si bien que l’on ne sait pas exactement où Marie Javet veut nous emmener. Mais c’est un calme plutôt trompeur car le caractère tourmenté de June offre déjà quelques rebondissements agréables même s’ils ne font pas frissonner. J’ai aimé cette gestion totale de la mise en bouche, les éléments nécessaires pour stimuler le lecteur, décidé ainsi à poursuivre sa lecture. Un brin de fantastique – et encore, rien d’extravagant selon moi – et nous voilà nous aussi avides d’en découvrir plus afin de pouvoir nommer l’enfant aperçu dans le miroir.

“(…) un de ces moments dont on ne sait pourquoi, alors que tant d’autres s’estompent ou se mélangent, restent comme gravés au fer rouge et resurgissent de temps à autre dans la mémoire, restituant à chaque fois un petit écho de l’intensité vécue.”

L’écriture est lisse, fluide, sans fausse note. J’ai pris plaisir à découvrir Marie Javet et son registre littéraire. Une histoire toute en douceur qui se savoure tranquillement. Passionnée des livres, l’auteure dote son héroïne d’un penchant pour les grands classiques, elle qui écrit plutôt du fantastique. Ainsi Jane Austen possède une belle place dans la vie de June. Il est évidemment fait référence au parfait monsieur Darcy  – et là, beaucoup seront d’accord avec moi concernant les qualités de ce cher Darcy 😉 – mais la musique tient aussi une place importante puisque June possède des repères événementiels identifiables à certaines musiques, notamment une musique du film Trainspotting.

J’ai été surprise de l’alternance de la narration puisque les chapitres de Lizzie/Sybil sont écrits à la première personne du singulier tandis que les chapitres de June le sont à la troisième. Ça m’a interpellée, je n’en comprenais pas le sens si ce n’est qu’elle voulait prendre du recul avec June. Car si l’on est attentif, on comprend qu’avec ces trois personnalités, Marie Javet a couché sur papier trois étapes de la vie de femme: la petite fille pleine de rêves et d’espoirs, la jeune femme heureuse, épanouie qui désire vivre, puis la femme plus mûre qui fait un bilan de sa vie.

Enfin, l’auteure dépeint de jolis paysages, les lieux sont très faciles à imaginer. Je connais un peu la Suisse Romande pour y avoir vécu, et oui, Lausanne possède des routes ascensionnelles, ceux qui connaissent s’y projetteront très bien, tout comme ceux qui ne connaissent pas car Marie Javet fournit le décor en quelques mots.

Pour finir, je remercie les Editions Plaisir de Lire ainsi que Marie Javet pour la dédicace 🙂

Note: 17/20

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